Le contrat Salinger – Adam Langer

LeContratSalinger

Voilà un livre sacrément original de cette rentrée littéraire. « Thriller psychologique » annonce la quatrième de couverture… complété par la précision suivante  » d’une facture tout à fait unique ». Je trouve que c’est une belle définition du livre, même si le côté thriller psychologique est surement un peu exagéré. Comme l’a dit Gruz, ce livre est tout simplement inclassable.

L’histoire, ou plutôt les histoires (nous sommes en présence d’un roman gigogne), gravitent autour de la littérature. Peu commun me direz-vous donc intéressant. Surtout que Adam Langer utilise admirablement le filon des grands auteurs (JD Salinger, Harper Lee, Thomas Pynchon, Norman Mailer) pour faire douter le lecteur : simple fiction ou faits réels? L’auteur nous propose ainsi une histoire aussi complexe qu’elle apparait simple au premier abord.

Le narrateur, Adam Langer lui même, retrouve une vieille connaissance, Conner Joyce, un auteur de polars connu mais en perte de vitesse. Ce dernier doit écrire, contre une rémunération alléchante, un roman unique pour un dénommé Dex Dunford. Les plus grands l’ont déjà fait, ce qui a pour conséquence immédiate de motiver Conner Joyce. Il ne doit en parler à personne, ne pas le réutiliser, ne pas en faire la promotion, accepter les modifications que Dex lui demandera, … et pourtant il choisit le narrateur comme confident. Tout au long des 55 chapitres, nous aurons en alternance l’histoire de Conner et Dex, les confidences de Conner à Adam et la vie de Adam.

Le rythme est haletant, ce qui fait que le roman se lit très vite. Comme souvent, une fois démarré, on a du mal à quitter le livre. La construction de ce dernier fait qu’on tourne les pages de plus en plus vite et qu’on a hâte de connaitre la suite et d’arriver au final: émouvant et réussi.

Les codes du roman noir sont parfaitement utilisés par l’auteur: le suspense et la paranoïa augmentent au fil des pages, des rebondissements surviennent qui rendent les certitudes du lecteur caduques, le flou est intelligemment entretenu, en résumé tout est fait pour maintenir le lecteur en haleine et le faire douter.

Par contre, il manque selon moi un approfondissement dans la relation entre les personnages pour réellement parler de thriller psychologique. Le petit point négatif du roman.

L’écriture de Adam Langer est très agréable: elle est tout autant piquante qu’impitoyable, stressante qu’émouvante, drôle et décalée.

Drôle , décalée et impitoyable quand il analyse les évolutions de la société:

 Mais le monde avait changé depuis que Conner avait commencé à écrire. Désormais, il suffisait d’avoir vu Les Experts pour se déclarer spécialiste en médecine légale. Le genre d’approche très détaillée qu’il avait adoptée n’était plus son seul apanage. Aujourd’hui, le public tenait tout ça pour acquis. D’ailleurs, certains lecteurs attentifs avaient déjà commencé à dénicher quelques petites erreurs dans ses textes – intrigues bancales, rues mal nommées, argot de flic démodé – et les avaient postées sur internet, sur des sites de fans, notamment, où les critiques s’avèrent en général bien moins indulgentes que les magazines papier.

Réaliste quand il évoque le monde moderne:

Ces derniers temps, à l’heure du piratage numérique galopant et des sites de partage où, en un clic, vous pouviez télécharger le fichier numérique de n’importe quel manuscrit, les enjeux et les risques étaient devenus plus considérables encore.

Piquante quand Adam Langer se paye littéralement sa corporation:

Écrire l’histoire d’un crime qui tourne mal, ce n’était pas très difficile. Il en avait tellement lu, de ces romans de gare pas crédibles pour un sou où les flics comme les criminels semblaient avoir été construits sans la moindre recherche préalable. Il lui suffisait de penser à ces romans de James Patterson ou de David Baldacci, parcourus en diagonale: ridicules, tous. Sans parler de ces épisodes de la série Law and Order.


Putain ! J’y crois pas! […] Elle ne sait pas écrire. Conner plissait les yeux. Même en cet instant, il en restait estomaqué. Tous les livres que Margot avait écrits étaient-ils l’œuvre de quelqu’un d’autre? L’auteur de la langue anglaise le plus vendu au monde est incapable d’écrire une phrase sans faute d’orthographe souffla-t-il.
C’est l’intrigue qui compte, rétorqua Margot. On s’en tape de l’orthographe, abruti. 

Le monde de l’édition est vraiment impitoyable…

En conclusion, je ne peux que vous conseiller Le contrat Salinger. C’est un roman bien ficelé et à la construction intelligente de la première à la dernière page. On passe un très agréable moment. C’est une belle réussite.

4/5

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6 réflexions sur “Le contrat Salinger – Adam Langer

  1. N’ayant pas lu le livre, je ne peux juger de la pertinence
    des propos de la chronique. En revanche, je la trouve brillamment écrite et totalement « incitante ».

    Aimé par 1 personne

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