Oliver ou la fabrique d’un manipulateur – Liz Nugent

oliver

Oliver, ou la fabrique d’un manipulateur est le premier roman de Liz Nugent.

Je remercie Clélia Sergent et les éditions Denoël pour cet envoi.

Suspense indique la couverture en dessous du titre. Les trois premières phrases du livre mettent de suite le lecteur dans le bain : on sait exactement à quoi s’attendre !

«La première fois où je l’ai frappée, j’attendais de sa part une réaction plus vive. Mais elle est restée étendue par terre en se tenant la joue. Et en me regardant fixement. En silence. Elle ne semblait même pas étonnée. Alors que moi je l’étais. C’était parti tout seul. »

En quelques lignes, le lecteur est ferré. L’ambiance est lourde, électrique et suffisamment mystérieuse pour que celui-ci soit immédiatement immergé au coeur de l’intrigue. Il ne « reste plus » qu’à l’auteur (si je peux parler ainsi) à nous expliquer et nous convaincre sur le choix du titre de son ouvrage.

Qui est Oliver Ryan? Pourquoi a-t-il frappé son épouse Alice ? …

Pour cela, Liz Nugent choisit un procédé narratif risqué en donnant alternativement la parole à différents protagonistes proches de Oliver ainsi qu’à Oliver lui-même. Ce roman choral ressemble à une enquête journalistique, voire aux déclarations de témoins à la barre du tribunal. Il n’est jamais évident de garder le lecteur captif et intéressé avec un tel process, surtout en ayant dévoilé d’emblée la majeure partie des informations de l’intrigue. Pour un premier roman, c’est osé mais c’est réussi et convainquant dans l’ensemble.

Mélangeant sans gêne présent et passé, nous en apprenons plus sur la vie d’Oliver : son enfance malheureuse, sa jeunesse, ses voyages, Laura, Alice, le succès de l’écrivain, … Nous tentons ainsi de comprendre aux travers des témoignages de ses femmes, maitresses, beaux-frères ou autres connaissances qui est-il. L’auteur sème petit à petit des indices au détour des pages afin de nous aiguiller ou nous perturber. On passe par toutes les émotions : de l’empathie (le pauvre petit Oliver) à la tendresse face au « mari parfait » ou à l’ami s’occupant de Jean Luc, puis du respect face à l’auteur reconnu et aimant (impossible d’imaginer quoique ce soit quand on lit les passages sur les débuts de son couple avec Alice) jusqu’à l’énervement et le dégout quand on apprend en fin de roman ses agissements.

«Tu es un escroc, un menteur et un voleur !
C’est là que je l’ai frappée. Cela m’a semblé la chose la plus naturelle au monde. »

Ce que Liz Nugent fait dire à Moya, la voisine maitresse d’Oliver durant plus de 20 ans lorsqu’elle apprend qu’il a mis sa femme Alice dans le coma, résume parfaitement l’ambiguïté et la dualité de Oliver :

C’était exaspérant, en fait, de voir avec quelle facilité i pouvais chanter ses louanges et m’embrasser goulûment dans la foulée. Jusque-là, je n’avais jamais rencontré quiconque capable de compartimenter sa vie avec autant d’insensibilité. Et en même temps c’était tellement attirant, bon sang. Je me mordais la langue et répondais que, oui, Alice était une perle rare, tout en enroulant mes jambes autour de son cou.

Les chapitres sont majoritairement courts (une dizaine de pages), ce qui évite de trop s’embourber et de perdre le fil. Ayant dévoré les premières 100 pages (j’avais envie de savoir), j’ai néanmoins eu un peu plus de mal par la suite. Trop de détails, trop de lenteur, je me demandais où l’auteur voulait en venir. Heureusement le dernier tiers du livre est prenant et réussi. Jusqu’au bout, l’auteur a su nous tenir en haleine, nous surprendre et maintenir le côté manipulateur d’Oliver. Sur ce coup là, c’est carrément le lecteur qu’il manipule. Je n’en dis pas plus, je vous laisse découvrir 😉 Chacun se fera sa propre opinion sur le personnage.

Le livre se lit bien et les pages se tournent relativement rapidement. Il ne m’a fallu qu’une journée pour en venir à bout.

L’écriture et le style de l’auteur servent parfaitement le déroulé de l’intrigue et permettent, comme je le disais précédemment, de passer par toutes les émotions. Rien à redire sur ce point, c’est une réussite pour un premier roman et très prometteur pour la suite.

Mis à part un petit passage à vide en milieu de roman, j’ai apprécié cette lecture noire et triste. Pour une première, c’est convainquant et parfaitement maitrisé. De bout en bout, Liz Nugent sait où elle va, comment y parvenir et rendre sa lecture addictive. Le côté psychologique est également bien traité.

Liz Nugent est une auteur que je suivrais assurément dans le futur.

3,5/5

Oliver, ou la fabrique d’un manipulateur – Liz Nugent (Trad. de l’anglais (Irlande) par Édith Soonckindt)

Editions Denoël – Collection Suspense – paru le 03/09/2015

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