Rencontre Lettres du monde avec Phil Klay

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Dans le cadre du festival des Littératures du monde « Hautes Tensions » organisé par Lettres du monde sur Bordeaux du 20 au 29 Novembre, j’ai eu la chance de participer à la rencontre avec Phil Klay au Chateau Haut-Bailly à Léognan Mardi 24 novembre.

Cette dégustation littéraire et viticole fut une excellente soirée.

L’auteur était accompagné de son éditeur, Philippe Beyvin, directeur de la collection Americana aux éditions Gallmeister. Jean Pierre Rousseau, société Diva, faisait office de traducteur  et Martine Laval, chargée de mission à Lettres du monde, menait l’entretien.

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Après les mots introductifs de Cécile Quintin, directrice Lettres du monde, et de la représentante du château Haut-Bailly, l’interview débuta avec la présentation des éditions Gallmeister par Philippe Beyvin.

Les éditions Gallmeister ont bientôt 10 ans (créé en 2006) et se consacrent uniquement à la littérature américaine. Après les grands espaces et la collection Americana, ils ont  crée cette année une nouvelle collection appelée Néonoir. Ils regroupent environ 90 auteurs, et publient annuellement environ 12 grands formats pour autant de format poche.

Philippe Beyvin nous explique ensuite qu’il existe une tradition liée à la guerre aux Etats Unis (Guerre de sécession, 1ère et 2ème guerre mondiale, Vietnam, …). Les éditions Gallmeister cherchaient des écrits sur l’Irak et l’Afghanistan et c’est ainsi qu’ils ont trouvé via un agent Phil Klay. Après pas mal de palabres et un blocage assez incompréhensible de l’agent, ils ont reçu le livre de Phil, l’ont lu très rapidement et ce fut un gros coup de coeur. Ils ont fait une proposition et c’est ainsi qu’ils ont pu publier Fin de Mission.

C’est au tour de Phil Klay de se présenter. Il s’excuse d’emblée de ne pas parler français. Il est né à New York il y a 32 ans, c’est un citadin. Il est au milieu d’une fratrie de 5 garçons.
Il n’avait à la base aucune intention de rejoindre l’armée.
La guerre avait déjà démarré quand il intégra l’université. A l’instar de ses parents (son père travaillait pour une ONG, sa mère dans le développement international), il souhaitait travailler dans le service public pour servir au mieux son pays. Attiré également par tout ce que représente l’armée, c’est ainsi qu’il s’est engagé et est devenu marine. Il fait partie du contingent américain en Irak durant l’année 2007 et début 2008. Il quittera l’armée en 2009.

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Il nous explique qu’il a toujours écrit, mais jamais à propos de la guerre. Il a beaucoup lu sur la guerre quand il était en Irak. Il n’y avait que peu d’engagés sur le terrain à cette époque, et donc il cherchait à savoir quelle était la vision de l’Amérique à propos de cette guerre. Cela le tourmentait un peu.

Le but de Fin de mission était donc de montrer ce qu’il se passait dans la tête d’un combattant, ce qu’il vivait et ressentait. Il a mis 4 ans et demi à l’écrire. Il y a eu beaucoup de travail, de faux départs, de fausses pistes mais il a su rapidement comment le livre allait être borné. Il a écrit la première puis la dernière nouvelle… et le reste est venu ensuite.

Il a toujours souhaité écrire une fiction et non un récit. Il écrit sous tous les angles (style narratif du tueur proche sur les 2 premières nouvelles et plus lointain en utilisant un artilleur en dernier narrateur). Il n’y a pas de vérités uniques mais 12 personnes (12 nouvelles) avec des avis différents. Il a souhaité créer un espace pour que chaque lecteur s’identifie et inviter ce dernier dans différents esprits pour comprendre les différents choix moraux à faire. Lui était obligé d’y aller, mais quel droit a t il à écrire cela? C’était aussi une sorte de justification à lui même.

Si l’écriture est facile, c’est que c’est de la merde.

Durant l’écriture, il a écouté beaucoup de jazz, de l’opéra, du rap côté Est pour le rythme des phrases et le phrasé en général. De même, il a lu beaucoup de poésie. Cela calmait un peu ses peurs. En effet, le sujet était très important pour lui, et il y avait une sorte de terreur parfois quand il noircissait les pages blanches.

Les questions alternent avec 3 lectures du livre. D’abord en anglais par Phil, totalement dans celle-ci (vrai acteur de théâtre), littéralement imprégné par l’histoire (qu’il semble connaitre par cœur), si sérieux et expressif.

Puis en français par Philippe, sérieux et expressif également. Il nous explique en fin de la 3ème lecture que les 3 extraits choisis par l’auteur sont ultra-durs et violents, mais que tout le livre n’est pas ainsi. C’est certes un témoignage très poignant mais pour éviter 300 pages d’horreur, Phil utilise beaucoup d’ironie et d’humour pour donner de la distance vis à vis de la fiction.

Phil Klay nous dit avoir été « épaté d’avoir reçu le National Book Award«  (l’équivalent du prix Goncourt aux USA) pour son premier roman. C’est une énorme consécration, « c’est gigantesque ». Il a rencontré durant l’année de promotion suivante une grande variété de lecteurs. « Je suis surpris même d’être ici à Bordeaux pour parler de mon livre ». Il fut fasciné de voir autant de générations différentes s’identifier à son opus mais également triste parfois car on n’aimerait pas que les gens connaissent tout cela…

Pour conclure, Phil nous indique travailler sur l’implication des USA en Colombie, encore un projet lié à la guerre mais pas celle d’Irak.

C’est l’heure des dédicaces (une vraie écriture incompréhensible de médecin!) et de la dégustation d’un jeune mais bon Château Haut-Bailly Rouge 2012. J’interroge Phil sur Daesch. Sa réponse est claire, nette et sans bavure:

« Pour quoi faire ? Quelle est la stratégie? Militairement on l’a déjà fait mais là une guerre rapide est impossible. Pas de stratégie globale aujourd’hui… »

Un grand merci à Phil Klay, Philippe Beyvin, Lettres du monde et le château Haut-Bailly pour ce très agréable moment. Il ne me reste plus qu’à savourer la lecture de Fin de mission.

 

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3 réflexions sur “Rencontre Lettres du monde avec Phil Klay

    1. Merci Lea 🙂 très belle rencontre, agréable discussion privée également autour d’un excellent vin rouge. En somme une super soirée! (malgré le froid et la pluie de ce jour la)

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