Macadam – Jean Paul Didierlaurent

Macadam

Après le succès aussi fou qu’inattendu de son premier roman « Le liseur du 06h27 » (si vous n’avez pas encore lu les aventures de Guylain, n’hésitez pas, l’opus est récemment sorti en format poche aux éditions Folio), Jean Paul Didierlaurent publie à l’occasion de la rentrée littéraire de Septembre 2015 Macadam, un recueil de 11 nouvelles.

Écrire une nouvelle est souvent particulièrement périlleux pour un auteur. Il faut en effet aller à l’essentiel, captiver le lecteur et trouver une belle chute pour clore celle-ci. Du coup, soit le lecteur aime, soit il déteste ce genre littéraire. Je me classe plutôt dans la première catégorie.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’auteur excelle dans ce domaine là. En une dizaine de pages minimum et une vingtaine maximum, il a su parfaitement créer une atmosphère, donner vie à ses personnages auxquels on s’attache très facilement et surtout raconter une histoire qui tient la route.

Superbement maitrisé dans le déroulé, elles sont très bien écrites. Il y a de la recherche dans les mots utilisés (nombreuses rimes, phrases fluides qui coulent et sont belles), le style simple, parfois épuré souvent poétique nous berce et nous accompagne tout au long de la lecture.

La volumineuse poubelle de plastique vert à droite de la porte regorgeait souvent de trésors insoupçonnés. Il souleva le couvercle et posa son regard fiévreux sur l’amas de détritus, tel un orpailleur scrutant des yeux le sable aurifère gisant dans le fond de son tamis. Il farfouilla à pleines mains dans le tas d’immondices, arrachant au magma puant la dizaine de papiers dignes d’intérêt.

Chaque chapitre peut se lire indépendamment et dans l’ordre souhaité. Il n’y a comme souvent dans ce genre d’opus aucun lien entre eux. On a plaisir à retrouver la dame pipi de son premier roman (et la fameuse cabine n°8 dans cette histoire). La corrida que l’auteur connait visiblement bien vu l’utilisation de termes très techniques et spécifiques revient dans plusieurs nouvelles (Brume, Mosquito) très intéressantes.

Et cette terrible impression de ne plus rien savoir. Une première trompette n’a pas droit à l’erreur. Elle peut bien un temps faire illusion au milieu du tintamarre ambiant, se planquer derrière les trombones, les clarinettes, les saxophones et les percussions mais survient toujours ce moment où on lui demande de la ramener haut et fort.

Je ne résumerai pas toutes les nouvelles (certaines m’ont plu plus que d’autres) mais en mettrai 3 en exergue: la première « In nomine Tetris », comique et légère, nous contant l’histoire d’un prêtre jouant à la Gameboy durant ses sessions de confession; « Schrapnel » abordant un soldat allemand durant la seconde guerre mondiale (très dure, noire et particulièrement émouvante…) et la dernière « Temps mort », jolie et poétique, qui nous permet de refermer le livre souriant.

Apaisé, Josef n’eut bientôt plus qu’une vague conscience de son corps, cocon vide accroché au tronc du bouleau. Son organisme tressaillit sous l’impact lorsque l’éclat d’obus lui traversa l’épaule de part en part avant de se ficher dans l’arbre. La douleur aspira son esprit vers la surface en un violent arrachement. Le bruit assourdissant assaillit à nouveau ses oreilles. La souffrance envahit son thorax en vagues brûlantes, dévorant l’oxygène de ses poumons. Josef desserra son étreinte et glissa au sol, maculant l’écorce blanche d’une large traînée rouge. La forêt alentour n’était plus qu’une vaste étendue de terre ravagée hérissée d’échardes fumantes.

J’ai beaucoup apprécié Macadam en prenant mon temps dans la lecture afin de savourer au maximum. Macadam est une belle réussite.

Si vous aimez les nouvelles, ne passez pas à côté de ce merveilleux petit recueil de 160 pages de Jean-Paul Didierlaurent. Dans le cas contraire, c’est peut-être le genre de livre idéal pour découvrir ce genre littéraire.

Cet auteur mérite d’être découvert et surtout suivi. Pour ma part, j’attends avec impatience ces prochains ouvrages.

4/5

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