Interview de Jussi Adler-Olsen

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Avec 3 autres blogueurs – L’oiseau-lyre de Lystig, Accroc des Livres et an-sible, j’ai eu l’incroyable chance d’interviewer pendant plus d’une heure Jussi Adler-Olsen chez Albin-Michel le 20 janvier dernier.

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L’interview, très cordiale et chaleureuse, s’est déroulée en anglais. J’ai essayé de retranscrire le plus fidèlement possible les propos de l’auteur et m’excuse par avance pour toutes les bêtises que j’aurais pues écrire ci-dessous…

Comme je l’ai dit post rendez-vous à mes co-intervieweurs, l’homme est à l’image de ses romans: à la fois sympathique, sérieux, drôle, spirituel… Un grand monsieur! Merci beaucoup M. Jussi Adler-Olsen.

Propos liminaires de Jussi Adler-Olsen avant le début de l’interview en elle-même:
Les blogueurs sont importants et il y a peu de personnes qui en sont conscientes. J’en suis conscient. Et du coup vous avez des followers. Et ceux qui vous suivent croient en vous.
Aux Etats-Unis les bloggeurs sont une part importante. Quand vous êtes suivis par des bons blogueurs vous êtes suivis par énormément de personnes et par d’autres blogueurs. Nous devons respecter cela.

« J’écris pour les lecteurs, les blogueurs et pas pour l’argent. C’est mon plaisir d’écrire pour être lu. »

De quelle partie du Danemark venez vous ?

Je viens de différents lieux en fait. Mon père était médecin donc il a travaillé dans différents hôpitaux. Et comme toute famille de médecin, nous l’avons suivi au fil de ses mutations. Je suis né à Copenhague. J’ai vécu dans toutes les parties du Danemark, dans différentes villes de province du Danemark. J’ai 65 ans.

Plus tard je suis revenu près de mon lieu de naissance. Et avec ma femme nous nous sommes installés dans les environs de Copenhague à peu près à 30 km. C’est une toute petite ville au nord du Danemark. C’est une très jolie petite ville avec des lieux culturels comme un théâtre et c’est un endroit approprié pour que mon fils puisse y grandir. C’est pour cela que nous sommes allés vivre là bas.

D’ou puisez vous les cold cases pour écrire vos romans ?

Quand j’ai commencé l’écriture des cold cases je n’en avais jamais lu.
Et je n’en avais jamais vu à la télévision donc j’ai pensé que j’avais une bonne idée d’en écrire. Et quand j’ai commencé…cela a été difficile.
L’idée en fait d’en écrire est venue d’un producteur de série de télévision. Il souhaitait que j’invente des histoires d’un officier de police.
J’ai trouvé l’idée ennuyeuse au début car je voulais être libre de pouvoir écrire comme je l’entendais. Je voulais être libre de faire faire à mes personnages ce que je voulais.
Donc quand je suis rentré chez moi, je me suis efforcé de casser les codes conventionnels.
Et voilà comment : Normalement un officier de police a un rôle spécifique dans une région spécifique (crimes ou enlèvement etc…). Si vous voulez traiter des cold cases, c’est tous ces rôles à la fois.

Si vous prenez Carl Mork, son seul but c’est d’être licencié. Donc j’ai introduit Assad qui est le catalyseur de l’histoire et l’élément comique. Après une équipe ne peut pas être seule ou rester à deux pour résoudre 10 dossiers sans que ça tombe dans le stéréotype.

Donc j’ai introduit l’anarchie totale avec Rose. Elle est un peu étrange.

Carl Mork n’est pas le réel leader par exemple dans l’histoire du tome 6… Il est le « vrai » policier et Rose est le leader. Elle est proche de nous. Elle est vraiment importante, c’est une femme et elle a beaucoup de secrets cachés en elle. Et ils ont tous des secrets.

10 chapitres signifient 10 histoires et les secrets se dévoilent au fur et à mesure. Après vous pensez en avoir découvert certains mais en fait vous avez tort.

Et là pendant que j’écris le tome 7 je vais révéler le secret de Rose. Jusque la elle n’avait que 2 dimensions. Elle en aura d’autres car elle est bien plus complexe.

Dans le tome 8, nous serons dans la tête de Assad. Ce n’est pas un endroit sympathique je vous assure.

Dans le tome 9, ce sera le tour de Carl. Pas très bon non plus vous verrez

Enfin le tome 10 permettra de boucler la boucle.

Est ce que vous connaissez la fin de l’histoire ?

Jusqu’à l’été dernier je ne connaissais pas la dernière phrase mais à présent, elle est là et c’est très important. Un matin je me suis réveillé en riant aux éclats avec la dernière phrase. Et j’aime ce genre d’histoire ou vous ne savez pas ou vous allez ni pourquoi. Cela fait un cercle parfait. J’en ris encore 🙂

Et à propos d’Hardy ?

Hardy est un problème. J’ai vu des médecins au Danemark qui m’ont dit d’arrêter avec Hardy, d’aller de l’avant, d’arrêter avec ce monstre. Hardy est une part très importante du secret de Carl. Carl aime Hardy.

Vous pourriez le faire mourir n’est ce pas ? (Question aux bloggeurs)
Mais le faire mourir serait diabolique et je ne suis pas le diable.

Est ce que vous êtes influencé de quelque manière que ce soit pour créer vos personnages dans les films ou dans la littérature ?

L’influence pour créer dans la littérature est définitivement celle de leur créateur.
Pour les films c’est différent. Les films sont terribles… Si vous avez l’influence que vous aimez alors je serai content. J’ai fait des études de cinématographie et bien sûr je sais comment adapter les films. Il n’y a que 4 films seulement (comparé aux 10 tomes). L’histoire avance au fur et à mesure du déroulé des tomes.

Mais je peux vous donner une nouvelle : Avant hier j’ai signé un contrat avec une compagnie américaine, avec Scott Franck pour être précis.

Scott Franck est un merveilleux scénariste. Il a écrit Minority Report entre autres. Et pour moi c’est l’un des 3 meilleurs scénaristes. Donc il a un contrat avec moi pour mettre en scène 10 saisons (1 livre 1 saison).

Il faut écrire maintenant et nous avons une compagnie de production. Mon assistante a refusé les propositions auparavant de 48 compagnies.

Donc si cela marche vous aurez 10 ans d’épisodes avec des personnages creusés en profondeur.

Quand vous écrivez, connaissez-vous déjà l’issue du livre ou pas ? Improvisez-vous ?

Oui j’improvise. J’écris une seule histoire qui se développe. Mais l’histoire est au final beaucoup longue que ce que je pensais et je risque de finir à 70 ans.

Personne mis à part un ami ne sait comment l’histoire va se terminer. Ni ma femme ni mon assistante. Il n’y a qu’une personne qui le sait car j’ai besoin de quelqu’un qui lise en 1er.

J’ai divisé mon histoire en 10 sujets et j’ai du en changer un au milieu. Parfois les affaires évoluent en fonction de l’atmosphère.

Je connaissais l’histoire que je voulais raconter et pourquoi mais les personnages eux évoluent au fil de celle ci.

Vous m’avez demandé si j’improvise oui bien sûr mais quand je suis arrivé à l’affaire n°6 là j’ai écrit un synopsis. Et il fait 22 pages. Dans le n°7 que j’écris actuellement je voulais 15 pages de synopsis. Je connais donc la fin mais ce qu’il y a entre le début et la fin peut être réarranger.

Et il y a forcement des éléments récurrents, un squelette aux histoires car c’est quelque chose que vous attendez vous en tant que lecteurs.

Mais autour de ce « squelette » je dois improviser pour l’histoire car il y a ces secrets.

Donc je n’ai pas de routine. J’écris quand je peux car je voyage beaucoup. Nous essayons donc de faire en sorte que je puisse plus vivre comme un auteur. Je ne sais pas combien d’heures je consacre à l’écriture.

Quel sera le titre du tome 7 ?

C’est quelque chose que je ne vous révélerai jamais. C’est un secret. Et le titre de celui ci est spécialement secret.

Remarque d’un blogueur : Les titres en français ne correspondent pas aux titres danois des différents tomes.

En effet, mon éditeur est une personne charmante mais ce serait mieux que les titres fassent référence à quelque chose contenue dans le livre.

J’ai le pouvoir de faire que cela soit le cas pour les titres mais je ne m’en sers pas car c’est leur job.

Autre remarque : En français il n’y a qu’un mot pour titre du livre alors qu’en Danois ce sont plusieurs mots.

Oui en effet en danois ça pourrait même être une page entière pour titre. Vous savez c’est la même chose en Allemagne : un mot unique pour titre.

Mais vous savez il y a quelques années ça a été la vague des titres de livres en un seul mot. C’est l’effet Stieg Larsson !

Mais vous savez une expression complète du type : la femme qui joue avec le feu… ce n’est pas accrocheur. Ça ne m’accrocherait pas personnellement alors qu’un seul mot pour titre comme «  Promesse » vous pouvez mettre ce que vous voulez derrière.

Remarque d’un blogueur : Pour moi l’histoire est importante mais aussi l’équipe et les secrets de l’équipe. C’est difficile d’attendre 1 an à chaque fois pour en découvrir plus sur l’équipe et leur aventure.

Vous savez vous aviez 4 ans de retard et d’un coup vous avez accroché. Mais sachez que cela prend 6 mois pour traduire un livre et l’imprimer. J’espère que le n°7 sortira un peu avant Noel… Et le 7 est particulièrement long.

Il y a un effet Harry Potter sur les livres qui sont de plus en plus en longs… (remarque d’un blogueur)

Y a t’il des sujets que vous vous interdisez, sur lesquels vous ne voulez pas écrire ?

Je ne veux pas écrire sur des jeunes enfants qui sont maltraités.

Remarque d’une blogueuse : dans Délivrance il y a des jeunes enfants.

Dans Délivrance les enfants ont 14-15 ans. Quand vous avez cet âge vous avez votre propre libre arbitre…

Je parle des enfants totalement innocents qui ont 8-9 ans. Donc je ne tue pas les enfants.

J’essaie d’être respectueux. Donc je ne vais pas rentrer dans les détails comme un couteau qui tourne dans la chair etc… C’est le lecteur qui l’imaginera lors de sa lecture et de différentes manières selon la personne qui le lit.

C’est le problème dans les films ou séries qui ne laisse pas la place à l’imagination.

Remarque d’une blogueuse : Dans le livre de Camille Lackberg, où Erika est le personnage principal, je l’imagine grande et blonde en fait l’image de la réelle Suédoise et l’actrice qui l’incarne n’est pas si grande et pas du tout blonde. Et Patrick aussi.

J.A.O : Ma réponse est « ne regardez pas les films car votre imagination est ce dont nous avons besoin ».

Réponse de la blogueuse : J’ai lu les livres tout d’abord et après j’ai vu les films. Et j’ai été déçue. Je me suis dit il manque cette scène et l’actrice n’est pas comme ça et il manque ce détail.

J.A.O : La question est pourquoi nous en faisons des films ? Ce n’est pas une question d’argent enfin pas pour moi. Si le livre est un succès c’est d’autant mieux. Pour moi, c’est si excitant de voir mon nom sur un écran dans le noir. J’ai vu beaucoup de films depuis gamin et soudain ça a été mon nom qui est apparu. C’est un peu comme Noël.

Et pour la maison d’édition, c’est l’opportunité d’obtenir de nouveaux lecteurs avec ces films. C’est mon opinion. C’est très important d’avoir une synergie entre les livres et les films mais c’est très souvent l’opposé qui se passe.

Parfois cela fonctionne comme John Irving qui a scénarisé son propre livre (L’œuvre de Dieu, la part du Diable). Et le film est meilleur que le livre. Il a pris l’équipe nécessaire pour faire ce film et cela a pris 2 ans pour le faire.

Ce qui est intéressant dans vos livres c’est qu’ils touchent à la société et à l’histoire politique danois, allez vous continuer dans ce sens ?

Oui je vais continuer dans ce sens. Mon but est de parler d’un maximum de lieux du Danemark. Je vais mentionner un phénomène naturel concernant des vagues en mouvement particulier dans un de mes livres.

Par contre je ne donne jamais mon opinion politique dans un livre. Je ne suis pas conservateur dans mon opinion politique mais j’ai été élevé dans un esprit conservateur.

Je commente des sujets sociaux actuels qui sont problématiques et je continuerai car cela me tient à cœur.

Remarque des blogueurs : Nous ne savions pas que nous aurions le plaisir de vous interviewer. C’était une surprise.

J.A.O. C’était une volonté de ma part. Vous êtes le « mouvement ».

Et si vous avez des questions n’hésitez pas à nous les envoyer par mail et nous y répondrons.

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Dernière question : Département V : 10 livres et après ?? Une autre équipe ? Retraite ?

Des livres « seuls ». J’aimerais écrire des livres indépendants les uns des autres. Et l’intrigue du premier livre se passera en Chine. L’intrigue aura lieu au Danemark, puis à Berlin et la plus grande part de l’histoire aura lieu en Chine. J’y travaille depuis pas mal de temps.

Durant la séance de dédicaces qui conclue ce merveilleux moment, J.A.O demande un stylo bleu car le stylo bleu signifie la chance. Facétieux et superstitieux!

 

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