Rencontre virtuelle avec Anais Llobet

Et voici un nouveau rendez-vous que j’espère pouvoir faire perdurer dans le long terme…

Comme vous le savez maintenant, Les mains lâchées, le premier roman de Anaïs Llobet aux Editions Plon, est un de mes beaux coups de cœur de cette rentrée littéraire de Septembre 2016.

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Je remercie infiniment Anaïs Llobet d’avoir accepté d’inaugurer cette nouvelle rubrique du blog.

– Les mains lâchées est désormais disponible. Comment vous sentez-vous ?

Heureuse. Et légèrement paniquée à l’idée d’être lue!

– Vous êtes-vous fixée un objectif de vente ? Qu’espérez-vous ?

Je ne me suis fixée aucun objectif de vente, d’autant plus que je sais que les premiers romans ont souvent un futur incertain. Je n’espère rien car j’ai déjà accompli beaucoup plus que ce que j’escomptais: j’ai réussi à écrire un livre, être publiée dans une maison d’édition qui m’a toujours fait rêver, et j’ai pu faire revivre la mémoire des survivants et victimes du typhon Haiyan/Yolanda.

– Vous avez vécu ce que vous racontez. Qu’est-ce qui vous a incitée à en faire un livre? Pourquoi avoir choisi le roman plutôt que le témoignage ?

En décembre 2013, après avoir passé un mois à couvrir l’après-typhon, je suis rentrée à Manille. Il n’y avait plus d’articles à écrire: le temps médiatique accordé aux catastrophes naturelles est très court et celui d’Haiyan/Yolanda avait déjà expiré.

Pourtant, même après plusieurs mois, je n’avais toujours pas l’impression d’avoir quitté Tacloban. Des visions, des sensations, m’y ramenaient sans cesse. Même après mon déménagement à Moscou, je continuais à y penser et à ressasser ce que j’y avais vu.

Étrangement, pour quitter Tacloban, il a fallu que j’accepte d’y retourner et plonger la tête en premier dans mes souvenirs. L’écriture m’a permis d’exorciser le typhon. Me réapproprier ce que j’avais vécu et vu, notamment en sortant du carcan journalistique. Ecrire et non plus rendre compte. Dire enfin « je » et cesser de m’abriter derrière des sources et des faits.

Outre l’aspect presque thérapeutique qu’a pris la rédaction de ce roman, il y a eu aussi l’envie de prolonger le temps médiatique accordé à Haiyan/Yolanda. De forcer le lecteur à donner plus de sens aux informations brèves du JT, à comprendre que derrière les chiffres des bilans se cachent autant de vies.

Pour autant, je ne voulais pas écrire de témoignage. Qui suis-je, pour témoigner? Ma maison n’a pas été détruite, ma famille ne s’est pas noyée, j’en ai été quitte pour une grosse frayeur et un mois de reportages douloureux sur place. S’il y a un témoignage à écrire sur Haiyan/Yolanda, le micro doit être tendu aux Philippins, et non pas aux journalistes qui, comme moi, y étaient dans le cadre de leur travail. Ce serait glorifier notre travail qui, s’il mérite respect et soutien, n’est pas pour autant héroïque. Les véritables héros, à mon sens, sont les bénévoles, ceux qui aident la vie à reprendre, et les survivants, qui se résolvent à vivre après avoir connu l’horreur.

– Comment s’est passée l’écriture ? Ardue ? Longue ? Fluide ? Sereine ? Des abandons ? Tout d’une traite ? Et une fois le point final apposé, comment cela s’est-il passé ? Parcours du combattant ou finalement simple et facile ?

J’ai écrit Les Mains lâchées assez rapidement, en moins d’un an. J’ai eu l’immense chance d’être bien entourée: un ami éditeur a cru en moi dès le début et m’a présentée à Lisa Liautaud, éditrice chez Plon. Vu le sujet, le principal risque était de tomber dans le pathos, le voyeurisme ou encore lasser le lecteur, car un typhon, finalement, tue de manière assez répétitive. J’espère avoir évité ces écueils.

– Parlons enfin un peu de vous si vous le permettez.  Qui êtes-vous ? D’où venez-vous ? Etes-vous une grande lectrice ? Quels sont vos auteurs de références ?

Ancienne journaliste pigiste (freelance) aux Philippines, je suis désormais correspondante de l’AFP à Moscou. Je suis née au Portugal et j’ai également vécu aux Pays-Bas, en Italie, en Argentine avant de venir faire mes études à Paris.

Comme mon père, qui a grandi au Tchad, c’est la littérature qui m’a permis de garder un pied en France, mais aussi de découvrir et m’imprégner de la culture de mon pays d’accueil.

Côté littérature française, je suis une inconditionnelle de Zola, Queneau, Gary et j’ai récemment découvert Sorj Chalandon qui m’a bouleversée. Et Anaïs Nin m’accompagne tous les jours – comme elle a accompagné ma mère qui m’a nommée d’après elle.

Côté littérature étrangère, j’ai un tropisme pour les écrivains sud-américains (Borges, Bolaño ou encore Allende) et russes: mes derniers coups de cœur sont Vie et Destin de Grossman, Roman avec cocaïne de V. Agueev et la Saga moscovite de Vassili Axionov. D’ailleurs, je cherche désespérément à me procurer son livre L’île de Crimée !

– Une idée de la suite ? Un deuxième roman est-il envisagé ? Déjà entamé ? un petit scoop ?

Je travaille déjà sur le deuxième roman, mais je ne préfère ne rien dire pour l’instant…

Merci Anaïs pour votre franchise et votre disponibilité.

Pour ma part, vous avez parfaitement réussi à éviter les écueils dont vous parlez. Ce roman est une magnifique réussite. Hâte de vous lire de nouveau.

Les mains lâchées aux Editions Plon est disponible dans toutes les bonnes librairies.

Vous hésitez encore? Lisez ma chronique et Courez-y!

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