Rencontre virtuelle avec Florence Herrlemann

Nous nous retrouvons pour le deuxième rendez-vous de cette nouvelle rubrique. Aujourd’hui, je vous propose d’en savoir plus sur Florence Herrlemann, auteur du très remarqué premier roman Le festin du lézard aux éditions Antigone14.

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Vous publiez un remarquable premier roman, pouvez-vous nous en dire quelques mots, quelle est sa genèse?

L’idée du Festin du lézard, est arrivée sans que j’en sois véritablement consciente. Comme beaucoup d’idées, d’ailleurs. Elle s’est logée quelque part dans un coin de ma tête et a germée doucement. Elle est sans aucun doute le fruit d’émotions ressenties lors de rencontres diverses, littéraires et cinématographiques. Comme beaucoup, je suis une éponge et j’absorbe beaucoup de choses… Ensuite, le cerveau fait le reste, il recycle ces émotions, ces ressentis en une matière brute que je travaille comme un sculpteur travaille sur un bloc de glaise. Isabelle s’est imposée, je n’ai pas résisté, je l’ai laissée se révéler. D’autres personnages se sont présentés, les lieux se sont précisés, l’histoire s’est dévoilée simplement un peu plus chaque jour. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie pour les êtres qui ont une vie en marge de notre société. Ceux qui n’ont pas les mêmes codes que nous, ceux qui perçoivent le monde autrement. Plus précisément, pour ceux qui vivent une forme d’enfermement corporel et psychopathologique. J’ai été très marquée, entre autres, par « Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Milos Forman  et par la « Bâtarde » de Violette Leduc. J’avais envie d’écrire quelque chose en rapport avec ces univers et de travailler sur ce type d’émotions.

Le sujet est compliqué et dur. Qu’est-ce qui vous a incité à faire un tel choix pour un premier roman ? 

Compliqué ? Oui et non. À un certain stade de l’écriture, on ne se pose plus ce genre de question, on n’a pas le recul nécessaire, on est dedans, et l’on tâche de garder le rythme, l’unité du texte. J’avais égoïstement envie de me raconter une histoire dans laquelle je retrouverai ce climat d’instabilité, «d’intranquillité », de faux-semblant. Quelque chose qui me tiendrait en haleine, qui me pousserait à écrire. Il faut que le début de l’histoire et les personnages me proposent ce que je ne trouve pas dans la vie de tous les jours. Qu’ils m’ouvrent cette porte sur l’autre monde. Il n’est pas question que je m’ennuie, donc pas question que le lecteur s’ennuie. Avec le Festin du lézard, j’invite le lecteur à marcher sur une corde tendue au-dessus du vide, je lui propose d’être un funambule sur 160 pages. Derrière chacune de ces pages, Isabelle, attend le lecteur avec un bouquet d’émotions. Les émotions nous rappellent combien nous sommes vivants et c’est bien. Je travaille en écoutant de la musique, elle m’est indispensable. La musique, les mots sont des vecteurs d’émotions essentiels, à mon sens. Les raisons de ce roman  sont en partie émotionnelles, celles qui affectent totalement les sentiments. Ce roman est écrit pour faire vivre une expérience au lecteur. J’ai travaillé le texte, l’histoire pour qu’il ressente au plus profond de lui ce qu’est le quotidien de certaines personnes. Enfin, je pense que le pouvoir de la littérature, de l’écriture c’est de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas. Isabelle en est l’exemple concret.

Comment s’est passée l’écriture? Ardue? Longue? Fluide? Sereine? Des abandons ? Tout d’une traite?

Aucune tourmente dans l’écriture du premier jet. Quand je sentais le moment d’écrire, je ne me posais pas de question, j’écrivais. Je n’ai pas connu l’angoisse de la page blanche…. Mes personnages me suivent en permanence, ce qui permet à l’histoire de se dessiner doucement. Quand je sens que c’est le moment de coucher sur le papier ce « trop-plein », je le fais. C’est un premier jet en général, mais suffisant complet pour me permettre d’avancer. Je ne m’inflige rien qui puisse mettre en péril «ce» plaisir d’écrire. Le vrai travail commence une fois l’histoire écrite, ce qui peut paraître paradoxal, mais c’est une réalité. C’est quand il faut revenir dans le corpus que je m’astreints à des séances d’écriture quotidiennes. J’entre dans le « dur ». C’est une étape compliquée, douloureuse aussi parfois. Je remets tout en question, je doute, beaucoup. Je tâche de rester très concentrée sur le texte et rien ni personne ne peut me sortir de mes séances de travail. Autres difficultés paradoxales, accepter d’écrire le mot « Fin » et quitter tout ce petit monde. Ce n’est pas chose aisée. On s’attache à ses personnages…

On sent que le style est important pour vous, c’est d’ailleurs pour moi le gros point fort de ce livre. Pourquoi un tel challenge? Quels sont vos muses? Vos auteurs références?

J’aime les Lettres, alors, oui, forcément le style est important. Mais honnêtement, il n’y a pas eu d’effort particulier, cela s’est fait naturellement.

Qui sont mes Muses ? Je leur ai promis de ne surtout rien dire, d’une part pour qu’elles restent, mais surtout pour éviter que l’on me prenne pour une folle ! 😉

Mes auteurs, enfin, les Auteurs de références sont nombreux, mais je peux nommer les principaux ; il y a les deux Margueritte, Yourcenar et Duras, Virginia Woolf, André Gide, Louis Aragon, Dan Fante, Edmond Rostand, Françoise Sagan, Edgard Poe, Oscar Wide, c’est relativement complet comme exemples, ils représentent les grands genres de la littérature pour moi, mais il y en a bien d’autres… Pour répondre à votre question, oui, je pense qu’ils exercent une influence sur moi, mais avant ça, ils me nourrissent, et me font grandir. Aujourd’hui, je prends le risque de marcher dans leur pas, timidement, en étant le plus discrète possible, sans tricherie aucune. C’est terrifiant et grisant à la fois. La vie est faite de risques !

Se faire publier est-il un parcours du combattant ?

La chose n’est pas simple, en effet. Personne ne vous attend. Il faut le vouloir vraiment, y croire, mais surtout être patient. Il n’y a pas de recette miracle, en tout cas je ne la connais pas… J le plus important, un fois votre roman publié, c’est d’être bien entouré et accompagné, j’ai la chance d’avoir un agent littéraire qui fait un travail absolument remarquable. Je ne le remercierai jamais assez !

Que conseilleriez-vous à un néo-écrivain ?

Que puis-je conseiller ? De se laisser aller, d’aller vers l’écriture si elle appelle. De ne pas tomber sous l’addiction de l’approbation. Travailler encore et encore, lire, lire lire. Se nourrir des Grands Écrivains. Puis laisser venir les choses, à leur rythme, être dans le moment présent. Ne pas imiter, essayer de trouver son style, être sincère. Là encore, je n’ai pas de recette, je ne suis pas persuadée qu’il y en ait une… il faut savoir écouter et pas seulement entendre le chant des oiseaux, à méditer…

Nous sommes nombreux à attendre la suite. Confirmez-vous que vous écrivez un deuxième opus ? Un petit teasing ? 😉

Oui, je vous le confirme ! Ce n’est pas la suite du festin, qui viendra probablement un jour. Je travaille actuellement sur un nouveau projet de roman. Dans un style narratif très différent de celui utilisé pour « Le festin du lézard ». Tout sera très différent, d’ailleurs, je garde quelques ingrédients qui me sont chers et avec lesquels j’aime travailler, mais ne comptez pas sur moi pour vous en dire davantage… Il est beaucoup trop tôt !

 

FlorenceBiographie : Née à Marseille, Florence navigue entre Lyon, où elle vit, et Paris, où elle travaille. Premier bain artistique à 15 ans à Nice, avec trois ans de cours de théâtre. Plus tard, à Paris, ses rencontres avec de nombreux artistes lui permettent de « toucher » à la musique et à la sculpture avant de décider, en 2003, de passer derrière la caméra. Elle réalisera, entre autres, un film de sensibilisation à l’enfance maltraitée, diffusé par le Ministère de la Famille. Le festin du lézard, est son premier roman. www.antigone14editions.com

Je remercie infiniment Florence d’avoir accepté de répondre à mes questions.

Merci Florence pour votre franchise et votre disponibilité.

Ce roman est une magnifique réussite. Hâte de vous lire de nouveau.

Le festin du lézard aux Editions Antigone 14 est disponible dans toutes les bonnes librairies.

Vous hésitez encore? Lisez ma chronique et Courez-y!

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