Vivre près des tilleuls – AJAR

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Vivre près des tilleuls est le premier roman d’un jeune collectif d’auteurs romands crée en Janvier 2012. Comme précisé sur la 4ème de couverture, ses membres partagent un même désir: celui d’explorer les potentialités de la création littéraire en groupe. Les activités de l’AJAR se situent sur la scène, le papier ou l’écran. Il faut partie de la sélection des 68 premières fois.

Je remercie les éditions Flammarion ainsi que nos fées Charlotte, Eglantine, Nicole et Sabine pour cet excellent choix de nouveau.

« Ce soir, Louise dort en terre. Ce sera le cas pour tous les soirs à venir. Toutes les nuits du monde. Je le consigne ici. Cela ne change rien. Il le faut ».

Ce court roman, qui s’apparente à un récit intimiste du deuil d’une mère, se lit d’une traite et ne vous prendra guère plus d’une heure et demi. Il renferme 127 pages pour 63 brefs à très brefs chapitres et vous coûtera 13€. Mais détrompez-vous, le rapport qualité/prix est très fort! Cette intrigue va vous nouer le cœur, vous prendre aux tripes et surtout sacrément vous surprendre.

Je ne déflorerai rien de l’histoire, car elle mérite vraiment d’être découverte sans à priori. Ce que je dirai, c’est que j’ai été littéralement bluffé et totalement convaincu. Je suis admiratif par la puissance et la maîtrise des auteurs.

« Le sang de ma fille en étoile sur le trottoir palpitait dans le printemps, les tulipes sans doute en nourrissaient leur bulbe. Le sang de ma fille s’est éteint lorsque, de guerre lasse, je l’ai regardé droit dans les yeux »

Réduit le plus souvent à l’essentiel, les chapitres se dégustent sans modération.L’écriture est superbe, si belle, si fluide, si talentueuse. Alternant le présent et le passé, elle nous permet de nous immiscer à l’intérieur de la vie d’un couple de parents qui passent du bonheur ultime au drame le plus abject. Tout a l’air si simple: pas de fioriture, pas de pathos, pas de larmoiement, ni de complaintes ou lamentations… et pourtant un style touchant, émouvant et qui marque profondément. Les mots sont justes, subtilement choisis, les phrases sont expressives et visuelles.

« Le chagrin est moins un état qu’une action. Les heures d’insomnie, puis le sommeil en plomb fondu sur les paupières, la prostration dans le noir, la faim qui distrait la douleur, les larmes qu’on ne sent plus couler : le chagrin est un engagement de tout l’être, et je m’y suis jetée. On me dit de me reprendre, de faire des choses pour me changer les idées. Personne ne comprend que j’agis déjà, tout le temps. Le chagrin est tout ce que je suis capable de faire. »

On referme ce livre troublé, bouleversé. Tout semble si réaliste, si vrai: on vit au côté de la petite Louise, on la voit, on la touche, on ressent les émotions de sa mère (que cela soit la joie ou l’infini tristesse, le deuil…), on souffre avec elle, on voit les paysages. C’est un merveilleux exercice de style quelque part dans lequel tout est parfaitement bien décrit.

« Avec le temps, peut-être, j’obtiendrai une petite victoire contre ce 3 avril qui a taché, comme une perle d’encre s’écrasant sur un buvard, toutes les autres dates de mon calendrier. Ce 2 août où tu m’as dit maman pour la première fois. Ce 8 mai où tu m’as offert pour mon anniversaire un dessin de la famille-je dépassais Jacques de deux bonnes têtes. Ce 14 décembre sans neige, l’année de tes deux ans, qui a commencé par un effroi terrible-j’ai cru, pendant quelques minutes, qu’on t’avait enlevée dans la foule du marché de Noël à Saint-François- mais s’est terminé par des chatouilles et des rires interminables dans le lit. Ta première dent de lait. Le jour où tu as mangé un litchi. La nuit sous les étoiles au Creux du Van. et puis aujourd’hui, ce 4 octobre. Ces dates anniversaires me sont insupportables. Elles ne célèbrent plus que ton absence. Avec hargne, avec défi, ou dans ce calme qui ressemble à la lassitude, je déchire chaque matin un feuillet du calendrier. Avec le temps, peut-être, je trouverai le moyen de rendre à la joie le jour de ta naissance. »

Même s’il ne plaira pas à tout le monde (pour certain(e)s, prévoyez la boite de mouchoirs à proximité), je ne peux que vous conseiller ce petit roman si émouvant et d’une grande justesse. Je tire mon chapeau au collectif d’auteurs pour cette superbe performance.

« La fiction n’est absolument pas le contraire du réel ». 

4,5/5

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3 réflexions sur “Vivre près des tilleuls – AJAR

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