Rencontre avec Gilles Marchand

La semaine passée, j’ai eu la chance de rencontrer Gilles Marchand en dédicace à la maison de la presse de Mérignac Mondésir (33). Je remercie Philippe, le gérant, pour cette belle après-midi et de manière générale  tout ce que ce passionné fait pour le livre. Si vous ne connaissez pas, je ne peux que vous encourager à y passer. Non seulement vous serez bien accueilli, mais vous serez également parfaitement conseillé!

Une bouche sans personne, le premier roman de l’auteur, est mon dernier coup de coeur de l’année. Pour rappel, toujours grâce à la maison de la presse de Mérignac Mondésir, je vous le fait gagner ici.

En collaboration avec Nathalie, nous avons pu réaliser l’interview ci-dessous. Un très grand merci à Gilles pour sa gentillesse et sa disponibilité.

Bonne lecture à toutes et à tous.

Qui es-tu ?

Je suis né en 1976, je lis, j’écris, j’écoute de la musique, parfois j’en joue, je bois, je fume, je fais l’amour, j’essaie de voyager un peu, d’aller au cinéma, au théâtre, à quelques expositions et à des concerts. Mais je regrette de ne pas voyager plus, de ne pas écouter davantage de musique, de ne pas aller plus souvent au cinéma, au théâtre, à des expositions ou à des concerts. La vie est trop courte. Je le réalise chaque semaine. Je voudrais profiter davantage de ma famille, de mes enfants, de mes amis. La vie est ce mélange de satisfactions et d’insatisfactions, il faut désirer beaucoup et ne pas craindre la frustration. Je suis quelqu’un d’heureux et je vais essayer de m’y tenir.

Quels sont tes auteurs préférés ? « tes muses » ?

Il y en a beaucoup. Parler de muses pour les écrivains que j’aime me semble, cela dit, un peu abusif. J’essaie de me détacher au maximum, pour ne pas écrire « à la manière de ». Si je devais citer quelques auteurs, les premiers qui me viennent à l’esprit, sont, en vrac, BS Johnson, Romain Gary, David Peace, Christian Gailly, Guillermo Arriaga, Céline, Dorgelès, Jim Dodge, Brautigan, Blaise Cendrars, Tristan Egolf, John Kennedy Toole… Mais je suis loin d’être un spécialiste de tous ces auteurs dont je n’ai pas lu l’intégralité de l’œuvre. Disons que ce sont des écrivains qui m’ont marqué.

Etais-tu un grand lecteur dans ta jeunesse ? Tes romans préférés ?

Tu sous-entends que je ne suis plus jeune? 😉 Plus sérieusement, les trois premiers livres qui m’ont marqué sont, dans l’ordre, Mon bel oranger de Vasconcelos, La Nuit des temps de Barjavel et A l’Ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque. J’ai eu la chance de grandir au milieu des livres. Mes parents étaient professeurs de français et la bibliothèque familiale n’a jamais manqué de ressources.

As-tu toujours eu l’ambition de devenir un écrivain ou est-ce venu sur le tard ?

Question difficile. Devenir écrivain serait presque de l’ordre du fantasme. J’ai toujours aimé écrire et j’ai su assez vite que j’aurais du mal à m’en passer. Et bien sûr, il y avait un peu le secret de « faire » des livres. Mais c’est un rêve un prétentieux que je gardais pour moi. Le mot «écrivain » est tellement impressionnant que je l’ai toujours manié avec précaution.

Quel est ton sentiment face au succès de celui-ci ? T’y attendais tu ?

Impossible de s’y attendre. J’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer sur une superbe équipe qui a fait en sorte que le livre ait une chance. Puis les libraires et les bibliothécaires s’en sont emparés, puis les lecteurs et les blogueurs. Le bouche à oreille a été incroyable. Je pense que pour mon prochain roman, je ne pourrai pas mettre de remerciements parce que la liste serait trop longue !

Parlons maintenant du roman Une bouche sans personne Pourquoi ce titre ? Est-il venu naturellement ?

Le titre de travail était « Un tunnel dans l’escalier ». C’est vers la fin que je me suis penché sur cette question de titre qui ne me convenait pas. Comme je le fais souvent pour trouver un titre, je me suis tourné vers la poésie (y a pas à dire, les poètes ont le sens des mots). Et je suis tombé sur le poème dont sont extraits ces quatre mots qui m’a obligé à réorganiser entièrement le roman parce qu’il m’a paru évident que ce poème devait avoir une place dans le livre.

  • Comment as-tu réussi à transformer ton histoire intime en fiction ?

Je pense que je ne pouvais raconter l’intime qu’en passant par la fiction. J’ai inventé ce narrateur pour mieux rendre hommage au personnage du grand-père. Pour pouvoir raconter cette histoire, j’avais besoin de m’en éloigner un peu. J’ai dû travailler sur les ambiances, créer un monde qui ne serait pas uniquement le mien.

Savais-tu qu’il allait terminer par cette fin ?

Oui, toujours. C’est venu très rapidement. Je savais que si je voulais parler de cet homme, il fallait que, tôt ou tard, je parle du fantôme qui le hantait. Je n’y tenais pas spécialement mais il était impossible de faire autrement. La question a plus été de de savoir de quelle manière j’allais y arriver. La fin est devenue très rapidement le cœur du livre, ce vers quoi tout le texte devait tendre.

Comment t’est venue l’idée de la montagne d’ordure ? que symbolise-t-elle ?

Je ne suis pas à l’aise pour expliquer les symboles. Je préfère laisser cela aux lecteurs qui en trouveront plusieurs et, dans le fond, peu importe que ce soit ce que j’ai voulu y mettre. Mais en dehors des symboles, il y a deux raisons pour la présence de l’accumulation des ordures dans le hall du narrateur. La première est que, à mesure qu’il se retourne vers son passé, tous les décors du narrateur se fissurent (sa vie professionnelle devient folle, une foule accourt tous les soirs dans le café de Lisa, la vie dans le métro s’emballe, la dame au chien perd les pédales, etc…). La deuxième est liée à l’ambiance générale : ces ordures reviennent régulièrement dans le roman, comme une sorte de couplet qui évolue au fur et à mesure que la chanson avance. Au début, on ne l’écoute que d’une oreille distraite et il prend de plus en plus de force.

Quelles sont les parties les plus difficiles à écrire ou réécrire la partie réaliste ou la partie de réalité déformée ?

J’ai écrit la première version de ce roman en 2008-2009, donc j’ai surtout dû réécrire. Entre la première version et celle de 2016 j’ai eu l’occasion de travailler avec plusieurs éditeurs, que ce soit pour des nouvelles ou Le Roman de Bolaño. Mon style a nécessairement évolué. Je dirai que c’est ce travail de réécriture qui a été le plus fastidieux. Il n’y a quasiment que les dernières pages qui sont, à peu de choses près, du premier jet.

Quels sont tes futurs projets ? Un 2ème roman dans les tuyaux?

Oui, un roman prévu pour janvier 2018. Je suis dessus, j’y réfléchis, j’y travaille, je prends des notes. J’aimerais parvenir à terminer la première version vers mars-avril pour avoir le temps d’y revenir.

Vous retrouverez la même interview ici sur le blog de Nath.

Un grand merci de nouveau à Gilles Marchand et vivement Janvier 2018…

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