La fin des idoles – Nicolas Gaudemet

la fin des idoles

J’ai fait la connaissance de Nicolas Gaudemet via les réseaux sociaux avant de discuter IRL (« In Real Life ») avec lui lors du dernier forum Fnac en Septembre dernier. Le courant est de suite passé. Il m’a proposé il y a 3 mois de découvrir en avant-première son roman. C’est avec enthousiasme après avoir dévoré la présentation de l’ouvrage que j’ai accepté.

Je remercie Nicolas ainsi que les éditions Tohu-Bohu pour leur confiance et l’envoi du manuscrit.

« Vous incarnez la célébrité jetable de l’ère de l’instantanéité. Aussi, je vous propose mon aide. Contactez-moi si votre désarroi devient trop intense. »

Le moins que je puisse dire, c’est que bien m’en a pris. Pourquoi ? Car ce premier opus est une vraie révélation. Je l’ai lu à la vitesse de l’éclair tant il est intéressant et dynamique.

Mi roman, mi récit, ni réel ni fictionnel, psychanalytique (Lacan) et philosophique (Freud), La fin des idoles est surtout un portrait, un miroir de la société actuelle avec tous ses travers. L’image, l’égo et leur importance,! Qui n’a jamais rêvé d’être célèbre et reconnu? D’apparence si facile (et tellement trompeur) aujourd’hui avec les réseaux sociaux…

« Attendez, c’est une triple révolution Un, dans l’objectif : le vrai but, ce n’est pas de les rendre célèbres. Au contraire, on montrera qu’ils souffrent de leur désir de célébrité, et on essayera de les en délivrer. Deux, dans la mécanique : c’est le public qui proposera toutes les épreuves, via les réseaux sociaux. Niveau d’interactivité jamais atteint. Trois, dans l’accompagnement psychologique et pédagogique : le cœur du programme, dans la tradition de Psy-Show et ses successeurs, avec une spécialiste des addictions et des obsessions »

Manipulation, influence et autres jeux de rôles afin de se mettre en avant, d’être reconnu, d’être l’idole des idoles… cela fait froid dans le dos mais finalement cela est tellement vrai. A l’heure de la « BFMïsation » des esprits, les analyses de Nicolas Gaudemet sont aussi fouillées, intelligentes que tristes. Si seulement cela pouvait faire réfléchir le lecteur… Les interview dans la presse et la radio interpelleront forcément. Mais qu’en restera t-il à l’arrivée… ?

J’ai énormément aimé le rythme haletant du livre à l’image d’une série tv (pour rester dans le contexte). L’écriture est fluide, agréable à lire. Les mots sont recherchés, les phrases subtilement construites et cerise sur le gâteau on trouve des conjugaisons anciennes. Tout est parfaitement ficelé et maîtrisé.

De plus, « il y en a pour tout le monde ». Cela peut se lire comme une intrigue fictionnelle, comme une analyse psychanalytique, comme une invitation à se renseigner sur les différents thèmes aborder afin de creuser les sujets (ce fut mon cas tant les termes techniques de psychanalytique m’ont intrigué). Je reconnais que certains auront certainement du mal avec cela. C’est surement le côté un peu moins accessible de l’ouvrage. Cependant, c’est loin de « gâcher » l’ensemble. Il n’est pas utile de tout comprendre pour suivre, bien au contraire. Il faudra juste passer en vitesse les paragraphes concernant ces thèmes. Saluons une nouvelle fois Nicolas pour la synthèse de toutes ses recherches (qui ont dû être aussi longues que diverses) sur le sujet.

« Les nuages glissaient dans la nuit comme des barques pour l’autre monde. Alexandre glissait lui aussi dans la chevelure de Lyne, enivrante comme un vin d’or. Les nuages disparurent et la lune brilla de sa clarté impassible, illuminant les circonvolutions du Centre Pompidou »

Le cerveau est la figure centrale du roman : les rues de Paris, le centre Pompidou, … beaucoup d’éléments sont « assimilés » et décrits comme un cerveau. Il en découle les addictions, faille due au cerveau que Lyne Paradis, l’héroïne principale, cherche à réparer coûte que coûte, quels qu’en soient les moyens employés. (et cette fin de phrase n’est pas trop forte vous verrez).

« Grâce à la Fondation Alexandre Valère, l’homme augmenté sera totalement délivré du désir. Ce sera la fin de millénaires d’esclavage ! Une nouvelle ère où chacun maitrisera ses sensations ! Une révolution […] »

De même, le désir est merveilleusement décrit, qu’il soit sexuel ou non. La encore, l’écriture dessert parfaitement la volonté de l’auteur. La plume vive et acérée de ce dernier fait le reste : rien ne peut stopper le désir.

« Car les discours sur le désir, philosophiques ou psychanalytiques, visent tous, pardon de l’évidence, à définir le désir. Etymologiquement, à le délimiter. D’une certaine manière, à le canaliser. Qu’il soit vu comme manque ou moteur, souffrance ou jouissance, qu’il faille le brider ou l’attiser… C’est vrai du calcul des plaisirs d’Epicure. De l’ascétisme des stoïciens, de Descartes…De la spiritualisation des passions de Nietzche, de la sublimation freudienne ou lebenstrienne… Brillant. »

Autre point surprenant : les dialogues. Ils aèrent le récit, il dynamise mais il perturbe aussi dès les premières pages car ils ne sont pas marqués. Ils sont « volontairement » (témoignage de l’auteur) incorporé dans le texte. Il faut s’adapter rapidement.

Enfin, on est vraiment dans la vie réelle puisqu’on retrouve nombre de personnalités avec leur vrais noms (sans exhaustivité, Yann Barthes, Natacha Polony, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, …) ainsi que d’autres sous pseudonymes. Un élément supplémentaire qui corrobore l’ultra-réalisme de la prose.

Profond, impactant et très marquant, La fin des idoles de Nicolas Gaudemet est pour moi une révélation et un très grand livre. Quelle virtuosité! Quel talent!

Je vous le recommande très fortement et m’engage pleinement à le faire découvrir (il sera rapidement à gagner sur le blog).

« A travers les verres fumées de la starlette, on distinguait deux yeux mi-clos, ouvertures insondables vers un cerveau dont les rouages intoxiqués par l’alcool et les anxiolytiques, exténués par la violence du désir, nécessitaient en effet une savante réparation. »

Vraiment n’hésitez pas ! Je suis à votre disposition pour toutes interrogations.

Merci et Bravo Nicolas Gaudemet

5/5

Pour approfondir et lire d’autres avis, vous avez le site du livre à votre disposition.

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3 réflexions sur “La fin des idoles – Nicolas Gaudemet

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