Les poteaux étaient carrés – Laurent Seyer

Les poteaux étaient carrés

Dans le cadre de la session de Septembre 2018 des 68 premières fois, j’ai eu la chance de découvrir Les poteaux étaient carrés de Laurent Seyer.

Je remercie nos fées Charlotte, Nicole, Eglantine et Sabine pour ce choix, ainsi que les éditions Finitude pour avoir offert leur concours.

« Je suis entré en football comme on entre en religion, le jour où pour la première fois j’ai été secoué par cette jouissance éphémère de se sentir tout-puissant en disparaissant dans la houle d’une foule. C’est cette émotion que depuis j’aime ressentir au stade, ce moment océanique où l’on ne se laisse pas simplement emporter par la vague, mais où l’on devient la vague. »

12 Mai 1976, une date incontournable et inoubliable pour les supporters, tout comme le deviendront ensuite les 26 mai 1993, 12 juillet 1998 ou le 15 juillet 2018. Ce soir là en effet, les Verts de Saint-Etienne, cette équipe légendaire, affrontent le Bayern de Munich à Glasgow en finale de la coupe d’Europe. Ces quelques heures, de l’espoir à la déception, de l’excitation à l’immense tristesse, sont l’objet de l’opus de Laurent Seyer.

Nicolas Laroche, 13 ans et demi, est devant son poste de télévision avec toute sa famille, tout comme le seront des millons de français. Pour Nicolas, c’est aussi l’occasion de nous conter son histoire, celle d’une mère qui est partie du foyer, celle de la solitude d’un enfant seul divorcé dans sa classe, celle d’une famille recomposée dans laquelle il ne se retrouve pas tant la nouvelle compagne de son père l’indiffère. Le football et les Verts sont devenus sa vraie famille. Il connait tout de tous les joueurs, c’est un vrai passionné.

« Je ne sais pas ce qui m’atterre le plus, la déception de cette occasion manquée ou d’avoir à partager ces moments sacrés avec ces trois touristes qui visitent une cathédrale en mâchant du chewing-gum et en pointant du doigt la moindre statue de la Vierge Marie, avec l’air du connaisseur qui a identifié un modèle. »

Commentant les 90 minutes de la rencontre en alternance avec ces souvenirs, le narrateur nous captive et nous émeut profondément. Les métaphores sont nombreuses, les mots subtilement choisis. On ne peut qu’être le héros, ressentir son excitation, imaginer ses gestes, hurler avec lui ou pester contre ces « opportunistes » qui regardent le match « car tout le monde le fait ». Tout est si juste, si habilement présenté. Ca pique, ça remue, ça fait réfléchir.

Comment ne pas mettre en avant l’écriture de Laurent Seyer, gros point fort de cet ouvrage. Elle nous emporte littéralement par sa beauté, sa sensibilité et sa poésie. Les fulgurances, les excès du supporter ainsi que sa mauvaise foi sont merveilleusement décrits. On retrouve également beaucoup d’humour au travers des différentes anecdotes.

Sous des airs de simplicité, le style est pourtant très travaillé et puissant. Tout est parfaitement maitrisé par l’auteur. Cela rend la lecture très agréable et dynamique jusqu’à cette sublime fin! On en vient d’ailleurs à regretter la brieveté du texte… Les 90 minutes passent très et trop vite…

« On se croit maître de nos vies, mais ce sont toujours les actes des autres qui décident de la direction que nous prenons. 

Grand fan de football, je ne pouvais pas passer à côté de ce magistral premier roman. Quand la passion du spectateur est complétée par la magie de l’écrivain, on obtient un superbe opus que je ne peux que vous recommander. Que vous aimiez le sport ou non, l’écriture vous transportera, la curiosité vous attirera et je l’espère cette chronique vous y incitera. Savourez-le, lisez-le et relisez-le.

 

Je suivrai la suite des aventures de Laurent Seyer avec un vrai plaisir.

4,5/5

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