Les heures solaires – Caroline Caugant

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Le lancement d’une nouvelle collection est toujours un événement. Le fait que cela soit Caroline Laurent qui s’y colle pour les éditions Stock n’a fait qu’attiser mon envie de rapidement découvrir les premiers ouvrages. J’ai ainsi découvert Les heures solaires de Caroline Caugant.

Je remercie Valentine et Caroline pour leur confiance ainsi que les éditions Stock pour l’envoi en avant-première des deux premiers ouvrages de la collection Arpège.

« Comme l’eau de la rivière, les secrets enfouis se faufilent même dans les creux les plus infimes. Ils vous habitent et habitent vos enfants. Ils dégorgent, reviennent sous une autre forme. »

Billie, artiste peintre de 37 ans, est en pleine préparation de sa prochaine exposition quand le drame lui est annoncé par un coup de téléphone : sa mère Louise s’est noyée dans la rivière. La rivière… cette fameuse rivière, douloureux souvenir pour Billie qui ressurgit des années après alors qu’elle a tant veillé à l’oublier.

Billie stoppe tout et retourne à V. son village d’enfance, renouer avec tous ces démons, ces mystères et non-dits qu’elle avait jusqu’à présent réussis à dissimuler…

Souvenirs et flash-back se partagent avec l’histoire de sa mère Louise et « du monstre » mais également celle de sa grand-mère qu’elle n’a pas connue. Le retour en enfance se transforme en découverte de l’histoire familiale. Et elle n’est pas au bout de ses surprises…

 « Je voulais que le temps de ton absence s’évanouisse, que cette période de solitude soit engloutie par la béatitude de nos retrouvailles. »

D’une âme tourmentée (l’émouvante et dramatique amitié avec Lila), Billie se transforme petit à petit… Ces lourds secrets de famille (qui est Henri ? Qui est Jacques ? qui est le monstre ?) lui font voir les choses différemment, mais surtout lui font comprendre les silences, les comportements et les constructions face à l’absence. Ces trois histoires d’apparences distinctes se ressemblent, se répétent quelque part et ne font plus qu’une. Tout se mêle, s’entremêle et finit quasiment par se confondre.

« C’était les vibrations de l’air chaud, la terre prise dans les sandales, succion des pieds nus sur les semelles mouillées, corps fatigués arpentant les côtes raides, mains arrachant les mûres et les fraises des bois le long des chemins, bergeronnettes des ruisseaux traversant les saisons, frelons vrombissants au-dessus des fronts fiévreux avant que les orages ne balayent les heures chaudes. »

Si le fond est riche, la forme n’est pas en reste. C’est extrêmement bien construit et écrit. Jamais l’intérêt ne faiblit bien au contraire on a de plus en plus de mal à lâcher l’ouvrage tant c’est captivant. Les parties sont équilibrées, les chapitres sont de tailles diverses mais on les avale rapidement. On tourne frénétiquement les pages… sans pour autant survoler. En effet, l’écriture est si belle, aérienne et lyrique. Les phrases sont soigneusement construites, les descriptions sont très évocatrices.  L’alternance épistolaire de la grand-mère à son amour de soldat, ce fameux carnet qui révélera tant de choses sur l’épopée familiale ainsi que les souvenirs de Lila (ses premiers amours, son amitié fraternelle avec Lila et ses parents, …) rend le récit extrêmement attractif et fluide.

Doux et poétique à souhait, ce roman va être une merveille en lecture audio. De même, les relations complexes mère/fille, les lourds secrets de famille, les commérages dans les petits villages dans lesquels tout se sait… tout semble si réel et réaliste sous la plume de Caroline Caugant. Chapeau bas à l’auteur pour cet immense travail et réussite !

« Dans les rues de V. les accents chantaient, planaient au-dessus des peaux burinées par le soleil. Mais plus bas, au ras des portes cochères, là où couraient les fissures, se glissaient les cafards, les fourmis géantes, les scorpions et les têtes de diable, à la recherche d’ombres salutaires. Après les heures solaires, le clair-obscur apportait avec lui ses silhouettes fuyantes, pullulantes, dont les grouillements ressemblaient à des chuchotements. »

On s’attache très facilement aux personnages et aime accompagner Billie dans sa construction, sa reconstruction ou même sa vraie naissance finalement. Cela a beau être une histoire très féminine, elle m’a passionné.

Les monstres engendrent ils les monstres ? Telle est la question sous-jacente tout au long de l’intrigue.

Cerise sur le gâteau, last but not least comme dirait nos amis britanniques: ce final… quel superbe bouquet final ! A l’instar d’un feu d’artifice, on repart heureux en refermant la dernière page de l’épilogue. Littéralement et véritablement conquis ! Un roman sublimement terminé, c’est à souligner tant ce n’est pas toujours le cas…

Les heures solaires est définitivement une merveilleuse découverte. Très romanesque, à l’écriture si envoutante et douce, au style si fluide et précis, vous ne pouvez qu’être emportés et conquis par cette histoire familiale de trois générations, trois époques, trois femmes…

Un grand roman se terminant en apothéose que je vous conseille très vivement. Une très belle lecture pour commencer l’année. Merci Caroline, Caroline et Valentine !

5/5

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