C’est toi, maman, sur la photo? – Julie Bonnie

 
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C’est toi, maman, sur la photo? est le dernier ouvrage de Julie Bonnie, auteure que j’avais découverte fin 2014 avec son premier roman Chambre 2 Prix roman Fnac 2013. Je garde encore le souvenir de cette lecture tant elle m’avait marqué et l’écriture de Julie bousculée. J’ai donc logiquement foncé sur l’opportunité de découvrir ce nouvel opus en avant-première quand il me fut proposé.

Je remercie l’agence Anne et Arnaud et les éditions Globe pour l’envoi de ce roman.

« Où ai-je trouvé l’énergie pour ces mots qui m’ont sortie de mon trou ? Je crois que c’est la violoniste aux cheveux rouges, qui est venue me chercher. Celle qui se noyait dans l’océan mais qui trouvait une force puissante pour continuer quand même. […] Elle a bravé les profondeurs sombres, la démission, le silence, elle m’a tendu la main. Elle m’a dit : T’es con ou quoi ? Tu vas rester là à te morfondre et te foutre en l’air comme ce con de Kurt Cobain ? Tu crois pas que t’as mieux à foutre. TU crois que tu vas m’effacer comme ça, en claquant des doigts ? Tu te rappelles plus ? Tout ce que j’ai fait pour que tu survives, tout ca pour te trouver à pleurer tous les soirs parce que t’as raté ta vie ? Tu te fous de la gueule de qui ? tu m’as bien regardée ? »

Julie, 46 ans,  est musicienne et écrivaine. Sa vie n’a pas été de tout repos… et c’est justement l’objet de ce récit. Entre l’adolescence et le moment présent, le lecteur suit ses aventures dans des chapitres aussi rythmés que percutants.

Elle nous conte sa vie d’adolescente et notamment son expérience musicale avec son groupe rebelle de potes. Myosotis en a fait des kilomètres, en a connu des déboires, des « trous paumés », des salles lugubres en France mais également en Europe.

De Tours à son déménagement à Paris avec Nicolas, en passant par Allemagne de l’Est, la Tchéquie au moment de sa séparation avec la Slovaquie… Elle qui vient d’un milieu relativement aisée, elle qui est douée dans ses études plaque tout, décide de s’assumer, vivre sa vie! Les délires d’ado aux grands projets et rêves sont très bien dépeints ici.

« Somme toute, cet album reproduit assez bien le son du groupe. Sylvestre ne s’en est pas si mal sorti. C’est inaudible, mais comme l’était Myosotis sur scène. Un capharnaüm, un pot-pourri excité et hystérique, un fourre-tout improbable et rigolo. On y entend une jeunesse qui se dépatouille comme elle peut. On y entend une inventivité hors norme, en même temps qu’une lutte incessante entre plusieurs entités artistiques. Artistique est un bien grand mot. [… ] Des enfants sauvages, qui inventent leur parcours persuadés qu’ils sont les premiers et les seuls au monde. Un  peu comme si, aujourd’hui, cinq jeunes malins déclaraient avoir découvert l’Amérique.»

Alcool, drogue, bagarres, absence de sommeil, rivalités… l’ambiance dans le groupe se fissure, les disputes éclatent, les jalousies entre filles (Julie et Clarisse) apparaissent au grand jour. Julie Bonnie nous livre ici l’envers du décor sans fard, en toute transparence et sincérité. Non la vie d’un groupe musical n’est pas rose. On ne gagne pas sa vie loin de là. Accepter le moindre concert, calculer, faire des kilomètres, être imaginatif en somme avec l’espoir de percer, d’exploser. Etre reconnu dans un premier temps pour éventuellement davantage par la suite.

Relatant avec le recul de l’âge cette période est un exercice difficile mais il est très instructif, à la fois pour les aventures vécues mais également pour l’Histoire. C’est touchant, c’est plein de vie et cela permet à Julie (mais également au lecteur) de s’interroger sur ses choix passés, les valeurs sur lesquelles on s’appuie et celles que l’on veut transmettre à ses enfants. C’est un bel hymne à la vie, une belle histoire d’amitié (Julie est toujours avec Nicolas depuis, mais elle a aussi retrouvé Ben et eu accès à ses lettres écrites à l’époque), mais aussi des doutes, des pertes de confiance et à l’arrivée une victoire. Savoir analyser avec lucidité pour savoir rebondir. Avoir le déclic. Quand on veut, on peut! Croire en soi, ne jamais baisser les bras et aller au bout de ses rêves. C’est aussi cela ce récit pour moi.

 « Lorsque Robert des Inch m’offre son archet, ce qui symboliquement, signifie que j’en vaux la peine, je deviens quelqu’un, je prends confiance, je ne sombre plus dans les gouffres de la mésestime, de la haine de moi, de cet affreux sentiment d’incapacité qui me laisse, à l’époque, si peu de choix. J’étais une personnalité fragile, je le suis toujours. Capable de me saborder, d’abandonner, de détruire, de fuir. Mais parce que j’ai écouté une onde sonore minuscule, au loin-d ’où venait-elle ?-, j’ai croisé des gens sur mon chemin qui m’ont encouragée. Qui m’ont dit : « ne te contente pas de ça, bosse », « arrête de te morfondre, écris », « trop facile, ta haine de toi, arrête de te prendre pour ce connard de Kurt Cobain, qu’a abandonné tout le monde. » Et lorsqu’on m’encourageait, j’étais capable de retourner toute cette méchante énergie en fabrication. De n’importe quoi. De la tarte aux pommes au roman. »

Comme pour Chambre 2,  l’écriture est une caractéristique forte de la puissance de ce recueil. C’est brut, c’est hard et trash, c’est sans fard ni faux semblants. Il y a de la vulgarité, il y a de la sensibilité, il y a de l’émotion, il y a de la violence et de la dureté… il est impossible de rester indifférent à ce que l’on lit. On apprécie ou ou pas, mais cela se marie parfaitement aux aventures de saltimbanques du petit groupe. Assurément marquant.

Le style est rapide, soutenu, désordonné comme les chansons Rock’n roll de la bande. Les chapitres courts et percutants s’enchainent, l’intérêt du lecteur est intact page après page.

De plus, l’alternance entre le passé, le présent, les « à coté » avec les extraits du journal de Ben valident l’originalité des choix de l’écrivaine et assurent sa réussite.

«  Le soleil cogne lorsque nous descendons le sentier qui mène à sa maison troglodyte sur les bords de Loire. Ben apparait, toujours aussi beau, aussi massif, il me serre dans ses bras. Il sent bon. Il sent l’amitié, il sent le mec avec qui j’ai partagé tant de choses. Il sent le « pour toujours ». Nic et lui échangent leurs blagues éculées, déterrent les vieux codes, les private jokes. En moins de cinq minutes, ils ont explosé de rire dix fois, se sont donné l’accolade sans pouvoir se détacher. Leurs mines sont réjouies. »

Lu très rapidement, le sourire aux lèvres par moment, les poings serrés ou le nœud à l’estomac, j’ai apprécié C’est toi, maman, sur la photo? La musique est présente de la première à la dernière page. Elle est parfaite en fond sonore.

Je conseille.

4/5

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